Les imprimeurs narbonnais…. Suite

A la veille de la Révolution, comme nous l’avons précédemment vu, le principal imprimeur-libraire de Narbonne est Jean-Baptiste Augustin Decampe.

Après avoir racheté les presses de la dynastie Besse, il s’installe dans l’ancien palais de la vicomté (à l’emplacement de l’actuel magasin Labau, place de l’hôtel de ville) et reste encore pendant cinq ans imprimeur du Roi.

Mais lors de ces périodes troubles de la Révolution, ce rachat s’avère désastreux pour l’homme  qui s’endette et qui finira ruiné.

La Révolution, en abolissant les privilèges, rend libre a priori l’exercice de l’imprimerie ; mais n’importe qui ne pouvait se déclarer imprimeur ;  l’obtention d’un brevet était nécessaire et théoriquement un seul imprimeur l’obtenait. Néanmoins, en 1790, un certain Pierre Caillard, originaire d’Anjou, s’installe à Narbonne. Il s’associe d’abord avec Antoine Gairaud pour ses premières impressions puis il obtient en 1794 le brevet « non héréditaire » pour l’exercice d’imprimeur.

 Son fils François lui succède.

Très vite l’entreprise de François Caillard se développe et fait de l’ombre à Decampe ; une rivalité entre les deux imprimeurs s’installe mais Caillard obtient son brevet d’imprimeur en 1811. Decampe face à cette concurrence, est obligé de vendre son fonds en viager en 1818 à Pierre-Jean-Jacques Sounié un de ses anciens ouvriers.

Les Caillard deviennent les imprimeurs attitrés de la municipalité, de l’Eglise, des riches bourgeois de la ville puis de la Commission Archéologique de Narbonne  (créée en 1833). François Caillard installe ses ateliers à l’angle de l’impasse Corneille et de la rue de l’ancien courrier et finit par obtenir un brevet héréditaire en 1820.

A cette époque, il s’associe avec l’imprimeur Sounié dans l’idée d’éditer à tour de rôle, le premier journal local hebdomadaire, les « Feuilles réunies » rassemblant annonces et faits divers de la ville de Narbonne, qui parut de 1821 à 1825.

Sounié V26

Médiathèque du Grand Narbonne, V 26 (1844)

Malgré cette collaboration, Sounié, comme son prédécesseur,  rencontre des difficultés face à l’émergence des Caillard ; François Caillard meurt en 1836 ;  lui succède son fils Pierre Emmanuel qui finit par racheter le brevet d’imprimeur de Sounié en 1846.

  En 1848, sortent des presses Caillard, 30 numéros du « Patriote », journal de Narbonne.

Pierre-Emmanuel est remplacé en 1885 par son fils François Caillard, personnage érudit qui sera très actif auprès de la Commission archéologique de Narbonne.  A sa mort en 1920, son fils Pierre reprend l’activité mais face à une grave crise sociale la même année, il se trouve dans l’obligation de fermer son imprimerie ; seule l’activité de librairie continue.

Parmi les très nombreux ouvrages imprimés par cette dynastie, mentionnons

–          Antiphonaire (1819)

Caillard V3

Médiathèque du Grand Narbonne, V 3 (1819)

–          Rapport sur le danger de déboisement des montagnes de la Clape par Julia (1821)

Caillard 24376

Médiathèque du Grand Narbonne, 914.48 CLA (1821)

–          Statuts règlementaires du Comice agricole de l’arrondissement de Narbonne (1857)

–          Syndicat des digues et canaux de l’Aude dans l’arrondissement de Narbonne (1843)

–          Lettre sur le choléra morbus épidémique observé à Narbonne en 1854 (1854)

Caillard 57407

Médiathèque du Grand Narbonne, 944.87 NAR (1854)

En 1848, est créée une nouvelle imprimerie du nom de Le Tessier. Après avoir publié pendant quelques temps un journal d’annonces intitulé « le Populus », elle disparait en 1850.

A cette époque, nous sommes déjà loin des ateliers typographiques des XVIe et XVIIe siècles et de leurs tirages restreints ; cette période voit l’émergence des publications « quasi industrielles » de presse locale, de petites monographies anonymes locales (poésies, thèses), mais aussi des programmes, des affiches, des almanachs, ou encore des publicités comme pour le commerce du vin qui  ne cesse d’accroître dans cette seconde moitié du XIXe siècle.

En 1866, A. Capelle crée l’imprimerie narbonnaise du courrier et publie entre autres l’organe « le Courrier de Narbonne » (qui parait jusqu’en 1944)

Il publia aussi :

  • Les composés tartriques du vin : nouveau procédé de vinification par Albert Calmettes (1887)
  •  Thèse pour la licence de Louis Narbonne (1875)
  •  Rimes mixtes et impressionnelles par Louis Bonnet-Salaman (1889)

Les ateliers de Capelle sont repris en 1893 par Louis Antonin Fenateu qui les transfère Boulevard Gambetta. Il y imprime le journal « la Croix du Sud ».

En 1871, Jean Bousquet crée un atelier dans l’actuelle rue Jean Jaurès (Rue de la République à l’époque). Celui-ci est rapidement dirigé par ses deux fils, Antoine et Jean et est transféré rue du 1er mai. Y est imprimé le « Républicain de Narbonne » (1874-1944). En 1945, François Brieu rachète les presses.

  • A partir de 1875, de nombreuses imprimeries voient le jour à Narbonne ; elles connaîtront des destins divers :
  • L’imprimerie Pouech en 1875 (rue Droite)
  • L’imprimerie Pons en 1884 (Place Voltaire) qui publiera l’organe de presse la « République sociale » et deviendra l’imprimerie nouvelle.
  • L’imprimerie Dedieu en 1890 (Rue du Pont) qui deviendra plus tard l’imprimerie Demeuleunère.
  • L’imprimerie Laffont en 1895 (rue Auber) qui sera rachetée en 1920 par Antonin Brieu.
  • L’imprimerie Canal et Sire en 1897 (Quai Mirabeau) qui sera rachetée en 1945 par François Brieu.
  • L’imprimerie Antonin Brieu en 1912 (Boulevard Gambetta) ; elle rachète en 1920 l’imprimerie Laffont ; en 1929 elle s’installe rue droite puis en 1935, sous la direction de J. Lombard, prend le nom d’imprimerie du Languedoc.
  • La même année, le fils d’Antonin François Brieu crée un atelier typographique place de la Révolution ; elle deviendra l’imprimerie Brieu Canal Bousquet.
  • L’imprimerie Brille et Gautier en 1920 deviendra l’imprimerie Gautier et fils  puis celle de l’artiste Fernand Gauthier.
  • L’imprimerie Vidal et Cazenave qui deviendra l’imprimerie de bourg….

La tradition des imprimeurs narbonnais n’est donc pas finie à Narbonne…..

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3 commentaires pour Les imprimeurs narbonnais…. Suite

  1. GAUTIER Robert. dit :

    Bonjour à tou-te-s,
    content de ce blog. J’en profite pour vous signaler une erreur en ce qui concerne le nom de l’imprimerie créée en 1920. Gautier, s’écrit sans H. Cette imprimerie existe toujours, c’est l’imprimerie Roland Farges.

    • narbonnepages dit :

      Nous vous remercions pour la correction que vous nous avez apportée. j’informe immédiatement le Service Patrimoine et nous procéderons à la modification. Merci d’être fidèle au Blog Patrimonial du Grand Narbonne. Cordialement. La Médiathèque

      • GAUTIER Robert. dit :

        Merci.
        Comme vous vous en doutez, je suis plus que proche des Gautier, donc si je peux vous apporter quelques renseignements…

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