Le plus ancien livre imprimé à Narbonne

Après la présentation d’un des plus beaux manuscrits de la Médiathèque, poursuivons notre découverte des fonds précieux avec cette fois l’un des 11 incunables conservés à Narbonne.

Le terme « incunable » provient du latin incunabula (pl.), qui signifie littéralement les langes d’un nouveau-né, et par extension le berceau, l’enfance ou encore l’origine. Il est fait référence au fait que le livre était dans sa toute première phase de développement. En effet, ce terme regroupe les premiers livres imprimés entre « l’invention de Gutenberg » (1450/1455) et la date de 1500. Il apparaît au cours du XVIIe siècle.

Le premier incunable connu est la fameuse bible de Gutenberg dite « la bible à 42 lignes » imprimée vers 1455.

L’exemplaire narbonnais est un bréviaire imprimé à Narbonne en 1491 ; un bréviaire est un livre liturgique contenant l’ensemble des textes nécessaires pour célébrer l’office divin. Souvent simple, compact et maniable, il est ainsi plus facile à transporter quand les moines voyagent.

Le document est consultable en ligne et dans son intégralité :1ere partie2 eme partie3eme partie

Nous savons que les premiers imprimeurs sont itinérants et se déplacent au fil des commandes. En 1491, c’est le chapitre de l’église Saint-Just qui fait imprimer dans le cloitre ce bréviaire in octavo (17 x 12 cm) ; le nom de l’imprimeur est inconnu mais on suppose qu’il pourrait être un certain J. de Près, imprimeur originaire d’Abbeville et qui pérégrine dans le sud de la France à cette période ; il est l’auteur d’un autre bréviaire imprimé à Agen en 1493.

Cet incunable, qui compte 520 feuillets, a la particularité d’être imprimé sur du parchemin alors que l’usage du papier commence à cette époque à s’intensifier avec l’apparition de l’imprimerie.

Le texte est compact, sur deux colonnes, avec des caractères gothiques noirs et rouges ; aucune illustration ou gravure n’orne les pages. Il n’y a pas de page de titre non plus et l’ouvrage commence par le calendrier des saints et des fêtes religieuses (manquent néanmoins les mois de novembre et décembre).

inc9 page8

Comme la plupart des incunables, il présente encore de nombreuses caractéristiques du manuscrit : le texte est fortement abrégé (pour gagner de l’espace et donc du parchemin) et les lettres commençant les alinéas sont dessinées à la main (encre bleue).

       inc9 page9      Inc9 ill.3

L’ouvrage est relié dans une couverture elle aussi en parchemin et rangé dans un coffret recouvert de parchemin (suite à une ancienne restauration).

Au fol. 288 apparait « l’explicit » qui permet d’identifier l’ouvrage :

ill 4«Explicit breviarium ad usum Sanctae Narbonensis Ecclesiae, impressum Narbone in claustro Sancti Justi Anno Domini millesimo quadringentesimo nonagesimo primo. Completum ultima octobris anni ejusdem » *

* Ainsi se termine le bréviaire à l’usage de la sainte Eglise de Narbonne, imprimé à Narbonne dans le cloitre de Saint-Just en l’année 1491. Terminé en octobre de cette même année.

Quelques pages présentent en bas des feuillets une encre effacée prouvant une manipulation intensive.

ill 5
Grâce à de nombreuses annotations manuscrites, nous savons que ce bréviaire a appartenu à plusieurs ecclésiastiques au cours des XVIe et XVIIe siècles, comme suit :

« Ce breviaire appartient à moi François Daltil prêtre et curé en l’église collégiale Saint Paul de Narbonne le 12 avril 1635… »

ill7

Ou encore à Daudéric de Lastours qui fut le dernier grand archidiacre de Saint-Just.

ill8Après ce bel exemplaire, il faudra attendre 1572 pour qu’un autre ouvrage (un missel narbonnais) soit imprimé à Narbonne sans connaitre néanmoins le nom de l’imprimeur ; ce n’est qu’au XVIIe siècle que le premier imprimeur narbonnais sera connu sous le nom de Balthazar Boschet vers 1620.

Sources :
– CROS-MAYREVIEILLE (Gabriel) : Les anciens ateliers typographiques à Narbonne. – Toulouse : Privat, 1891. – Tiré à part de la revue des Pyrénées et de la France méridionale (n°1, 1891).
– MALET (Henri) : Les imprimeurs de Narbonne (1491-1966). – Narbonne : imprimerie narbonnaise et du courrier, 1966.

Publicités
Cet article, publié dans Incunables, Patrimoine écrit, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Le plus ancien livre imprimé à Narbonne

  1. Yann Sordet a démontré que le mot « incunable » était apparu en 1569 au plus tard, dans son article intitulé « Le Baptème inconscient de l’incunable : non pas 1640, mais 1569 au plus tard » dans le « Gutenberg Jahrbuch 2009 » p. 102-105.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s