Cinémas narbonnais à jamais disparus

La première séance publique de cinématographe a lieu à Narbonne le 13 août 1896 dans l’arrière salle d’un café au numéro 11 de la rue de la République (actuelle rue Jean Jaurès). Des séances en plein air se déroulent aussi cours de la république, au café Continental. Mais ce n’est que quelques années plus tard qu’une salle d’exploitation régulière est ouverte au 36 boulevard Gambetta, dans un bâtiment en bois. Il subsistait encore au début des années 1920 sous le nom de Cinéma Familia. Sur son emplacement, la famille Rachet fait construire en 1923 un nouvel établissement Le Kursaal qui, outre le cinéma, accueille aussi des pièces de théâtre et des spectacles de music-hall.

Le Kursaal

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Scène Kursall

Photographies du Kursaal : Pierre Subra

Ce cinéma faisait partie intégrante de l’âme narbonnaise. Dans Le Père Noël a les yeux bleus (1966) et Mes Petites amoureuses (1974), Jean Eustache, qui a passé son adolescence à Narbonne, n’oublie pas ce lieu mythique. Dans chacun de ces deux films, une scène se déroule au Kursaal.

 

Kursaalfamilia

Avant la construction du Kursaal, au premier plan à gauche, le cinéma Familia – Collection particulière

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Projet non réalisé de la façade du Kursaal
Gravure issue de l’ouvrage d’André Mècle, Narbonne métamorphoses

Depuis le début du XXe siècle, il existe, rue Rossini, un lieu de spectacle célèbre, l’Alcazar-Théâtre, qui brûle au soir du 14 avril 1929, le jour où Léon Blum est élu député de la circonscription de Narbonne. Devenu propriétaire, Marcel Rachet crée à cet endroit deux salles réservées exclusivement au cinéma : l’Alcazar et le Club. Un temps, une autre salle, appelée Majestic puis Odéon, située quai Victor Hugo à l’emplacement de l’actuelle résidence Athéna, appartient à cette même famille. Durant l’Entre-Deux-Guerres, les Synodes servent aussi de salle de spectacle et en particulier de cinéma dénommé le Rex.

L’ALCAZAR THEATRE

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Collection particulière

L’Alcazar-théâtre servait de salle de théâtre, de concert, de music-hall, de dancing. Après la guerre de 14-18, il devint aussi un cinéma. Sur son emplacement furent construits deux cinémas : l’Alcazar, boulevard Ferroul, démoli en avril 1995, et le Club rue Rossini, spécialisé dans les années 1970 dans la projection de films pornographiques.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les Rachet acquièrent boulevard Gambetta un bâtiment qui a une longue histoire et le transforment en cinéma : le Caméo. A cet endroit, dès le XIIe siècle, se trouvait l’église Saint-Cosme et Saint-Damien dont le chœur disparaît au XVIe siècle, lors de la construction de l’enceinte bastionnée. Au XVIIe siècle, cette église devient la chapelle du couvent des Doctrinaires. Vendu comme bien national à la Révolution, ce lieu connaît par la suite diverses destinations : salle de spectacle (le Théâtre Gally) dans la deuxième moitié du XIXe siècle, dancing, magasin de meubles… et enfin cinéma.

LE CAMEO

Cameo

Photographie : Ville de Narbonne

Le Caméo, boulevard Gambetta, peu avant sa démolition en 1986. Au cours des siècles, ses utilisations furent multiples. Il servit même en mai-juin 1940 à l’accueil des réfugiés belges et français. Dans les années 1960, il abritait le jeudi après-midi « le patronage laïque »

D’autres établissements échappent au monopole de la famille Rachet : c’est le cas de l’Alhambra, rue de Belfort, et du Vox, quai Vallière.

Ces salles de cinéma connaissent leur apogée entre 1950 et 1970.

L’ALHAMBRA

Alhambra

Photographie : bibliothèque de la Commission archéologique de Narbonne

 
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Ministère de la Culture – Base Mérimée

Le cinéma l’Alhambra était installé dans l’église de l’ancien couvent des Augustins, occupé plus tard par les Pénitents blancs. Depuis quelques années, le bâtiment est redevenu lieu de culte.

ces trois photos  représentent l’intérieur de l’Alhambra dans les années 1960 et aujourd’hui.

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Collection particulière

LA SALLE DES SYNODES

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La salle des Synodes transformée après la Première Guerre mondiale en salle de spectacle et de cinéma – Collection particulière

Dans ces années-là, d’autres lieux, appartenant à des paroisses, peuvent faire office de cinéma certains jours de la semaine : le Foyer jouxtant l’église Saint-Sébastien, le Pax, rue Chanzy, une salle donnant sur le cloître de l’église Saint-Bonaventure, rue Barbès. Leur saison cinématographique comprend uniquement des films destinés à un public familial et les nouveautés ne font pas partie du programme. Ainsi, au début des années 60, sont projetées des œuvres de la décennie précédente : des péplums (Les Dix commandements de Cecil B DeMille, Ben-Hur de William Wyler), la saga des Sissi avec Romy Schneider, La Madelon avec Line Renaud, les films de Joselito et de Marisol…

Les cinémas du centre-ville disparaissent dans la décennie 1980 ; seul le Vox perdure jusqu’aux années 2000. Aujourd’hui, le Méga CGR, installé route de Perpignan, comprend 9 salles. Le Théâtre assure une programmation d’art et d’essai. Dans le cadre du ciné-club, des films sont également projetés dans la salle de spectacle de la Maison des Jeunes, rue Lieutenant-Colonel Deymes. La Médiathèque propose régulièrement des cycles de films classiques, des films en audiodescription ainsi que des documentaires inédits (voir le programme trimestriel)

LE VOX

Copie de Vox

Comme si vous y étiez : le Vox au temps de sa splendeur !

Avant de devenir cinéma, cet établissement abrita la Colonie espagnole, association d’entraide et de loisirs pour les réfugiés d’outre Pyrénées. Plus tard, le propriétaire de l’Alhambra, Monsieur Pelous, en devint propriétaire et le transforma en cinéma. Celui-ci devint multi salles au début des années 1980. Le Vox fut le dernier cinéma du centre-ville à fermer ses portes. 
Montage réalisé par Pierre Subra

Localisation des principaux cinémas dans les années 1960

Plan des cinémas disparus de Narbonne

Sources  :

Narbonne_mon_amie

¤ Narbonne mon amie, Ville de Narbonne, 1988 Médiathèque du Grand Narbonne, FL 944.87 NAR – Empruntable à la Médiathèque.

André Mècle Métamorphoses

¤ André Mècle, Narbonne, Marguerittes (30320), Equinoxe, 1992 (Métamorphoses) Médiathèque du Grand Narbonne, FL 944.87 NAR – Consultable sur place à la Médiathèque.

MidiLibre

¤ Collection du journal Midi-Libre Médiathèque du Grand Narbonne – Consultable sur place à la Médiathèque.

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8 commentaires pour Cinémas narbonnais à jamais disparus

  1. CASSANY Eliane dit :

    J’ai le souvenir d’avoir entendu ma mère, Simone PAGO, dire qu’elle avait donné juste avant la guerre un concert de piano au cinéma KURSAAL, cinéma que j’ai ensuite fréquenté jeune fille dans les années 1980 puis en famille.

  2. Mme Joséphine Barraut née Soler dit :

    C’est toujours avec émotion que je revois ces cinémas : j’ai été pendant trèspeu de temps secrétaire de Mlle Rachet (ma mère ne voulait pas que je travaille aussi elle a demandé à Mlle Rachet de ne pas m’engager) Mais je garde un très bon souvenir de ces quelques semaines.

  3. pujol dit :

    quel bonheur et quel plaisir de revoir et lire tout ce qui a malheureusement disparu ;on peut dire qu’il ne faut pas vivre avec son passé , mais on ne peut faire autrement , quand on a assisté à la disparition de ces immeubles historiques;pour la petite histoire , je me souviens que mon oncle me donnait 10 frs le dimanche et , avec mes « copines » on allait au ciné aux 2 séances dans l’apres midi;, maintenant il faut avoir une voiture et la carte bleue bien garnie(en 1958 la séance était à 5 FRS)

  4. SUBRA Pierre dit :

    Encore un commentaire le der des ders
    Les cinémas de Narbonne, on pourrait en parler encore et encore.
    Le jeudi par exemple les places étaient en matinée à 50 et 90Fr le prix du kg de pain devait être à 120Fr. La salle de l’Alcazar était pleine à craquer et je me souviens avoir vu le film « Cette sacrée gamine » avec B.B. , au premier rang ce qui nous obligeait à regarder le film comme un match de tennis en tournant le cou en permanence pour voir tout l’écran.
    Puis au Kursaal où Charles Aznavour victime d’une panne de micro nous à chanté 2 ou 3 chansons au devant de la scène avec un accompagnement musical très doux.
    Et aussi Jacques Hélian, Alix Combelle, Dalida, Annie Cordy, Henri Salvador, Georges Brassens, Gilbert Bécaud, Les Compagnons etc. . etc.……. les prix étant très abordables.

  5. SUBRA Pierre dit :

    La séquence du film où l’on voit le hall du Kursaal me remémore une anecdote que je tiens de la caissière des Ets Rachet.
    En 1955 lors de son passage pour un concert Georges Brassens, « le bon maître », venez faire la conversation avec elle en attendant le moment de monter sur scène.
    Qu’elle gentillesse pour quelqu’un que l’on disait sauvage.

  6. Subra Pierre dit :

    Si le Caméo abritait le cinéma pour le patronage laïque, l’Alhambra recevait le patronage catholique. L’on y rentrait depuis la cour de la rue de Luxembourg. Les scènes un tout petit peu violentes ou de baisers timides étaient immédiatement occultées par la main du projectionniste accompagné des protestations des enfants! Autre temps!

  7. CALLA dit :

    Quel plaisir de voir certaines photos du « cinéma de ma jeunesse ». Félicitations et merci à « l’érudit » qui a réalisé cet article.

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