Coup de projecteur sur « L’armorial des consuls de Narbonne »

C’est à partir de 1132 que l’on observe les premières traces écrites du terme consul. Soumis dans un premier temps aux seigneurs locaux, les consuls (avec l’appui du roi) se sont peu à peu libérés de leur emprise et ont joué un rôle de « contre-pouvoir » face aux archevêques et aux vicomtes.

Ils sont les garants des libertés communales[1] notamment en matières fiscales et commerciales (ex : exemptions d’impôts). Ils assurent aussi, au sein de la ville, la sécurité (militaire et policière), les activités concernant la voirie, la salubrité et l’entretien du fleuve Aude.

En 1484, un arrêt royal définit précisément le nombre de consuls ainsi que les groupes sociaux (en l’occurrence les différents corps de métiers) dans lesquels ils seront  choisis. Au XVIe siècle, les consuls sont au nombre de six et sont désignés selon un système de cooptation (chaque groupe dominant nomme son consul). Ils sont élus pour un mandat d’une durée d’un an.

Carte postale début XXe siècle représentant la place des Quatre fontaines. Au-dessus de la toiture d'une des maisons, on aperçoit des vestiges de l'ancien consulat

Carte postale début XXe siècle représentant la place des Quatre fontaines. Au-dessus de la toiture d’une des maisons, on aperçoit des vestiges de l’ancien consulat

A Narbonne, il existait deux consulats: le premier en Cité et le second en Bourg mais, en 1338, le roi  Philipe VI rassemble les deux institutions en une seule. La maison consulaire était située tout près des Barques de Bourg et non loin de l’actuelle place des Quatre fontaines. A la Révolution, elle est transformée en hôtel de ville ; elle assure cette fonction jusqu’en 1845, la mairie étant transférée alors dans le Palais des Archevêques.

Pièce maitresse des manuscrits conservés dans les fonds patrimoniaux de la Médiathèque du Grand Narbonne (cote Ms 307), l’Armorial  des consuls est le répertoire illustré des édiles narbonnais de 1523 à 1685.

A l’origine privilège des grands seigneurs, le blason est un ornement qui va peu à peu s’élargir à la « petite noblesse ». Moyennant finance, les consuls vont pouvoir faire confectionner leurs propres blasons. Cet armorial est en fait l’illustration de leur volonté d’ascension sociale.

Ce document est incomplet : bien qu’il débute en 1523, on observe les premiers blasons illustrés qu’à partir de 1549 ; de 1674 à 1685, les blasons ne sont plus dessinés bien que quelques croquis subsistent.

Ex-libris de l'armorial des consuls de Narbonne

Ex-libris de l’armorial des consuls de Narbonne

La présence d’un ex-libris nous permet de savoir quel était le propriétaire de l’armorial : Guillaume Causse (ou de Causse), chanoine et théologien de l’église narbonnaise (en fait de la cathédrale St Just).

 L’armorial  permet d’observer les familles et les corps de métiers  qui ont détenu une partie du pouvoir à Narbonne au cours des XVIe et XVIIe siècles. On y retrouve des docteurs en droit ou en médecine, des marchands ou encore des officiers.  Parmi eux, une famille réapparait régulièrement : les De Cogomblis . Famille de notables, elle compte près de vingt-deux mandats sur la durée que comprend l’armorial. On peut donc imaginer qu’elle a eu une influence autant au sein de son groupe social qu’au sein de la cité elle-même. Il est à noter qu’aucun consul n’est réélu d’une année sur l’autre.

Concernant le blason et sa composition, le moindre détail est important ; ainsi la couleur de fond, les figures, les représentations doivent être prises en compte. On peut séparer le blason en trois parties (de haut en bas) : le chef, le cœur et la pointe. Les parties latérales du chef sont appelées canton dextre et senestre.

Blason de la famille De Cogomblis

Blason de la famille De Cogomblis

Par conséquent, si l’on veut définir les armoiries des De Cogomblis, on peut dire que c’est un blason d’or au chevron de gueule chargé de six plates d’argent accompagné dans les cantons dextre et senestre du chef de deux hermines de sables et en pointe d’une troisième hermine de sable.

Pour explication, la couleur or (ou jaune) est la couleur de fond symbolisant la noblesse, l’intelligence et la vertu ; le chevron de gueule (ou rouge) est la partie qui scinde le blason et elle représente le désir de servir sa patrie ; les hermines de sable sont les figures noires, le noir signifiant l’humilité ; enfin, les plates d’argent sont les cercles blancs qui apparaissent dans le chevron, le blanc ou argent représentant la sagesse et la richesse.

Pour une grande partie d’entre eux, les blasons sont représentatifs  d’un corps de métier ou bien des origines d’un nom. Par exemple, pour l’année 1589, celui d’Etienne Mourer[2] représente une colline surmontée d’un arbre ; or, en Occitan le mot mourrel signifie colline, hauteur. Le blason de Jean Castel est illustré par un château, celui de Guillaume Gineste par un genêt. Là aussi, ces dessins s’expliquent par l’origine occitane de ces noms (castel=château ; gineste=genêt). Par conséquent, certains consuls sont restés fidèles à l’étymologie locale de leur nom (qu’il soit relié à un lieu, un édifice, un animal…) et ils ont demandé au dessinateur d’en tenir compte dans l’illustration de leur blason.

Folio n°101 de l'armorial des consuls représentant les blasons des six consuls de Narbonne de l'année 1589

Folio n°101 de l’armorial des consuls représentant les blasons des six consuls de Narbonne de l’année 1589

A l’heure où la décoration de la Salle des consuls [3] du Palais des archevêques est en passe d’être modifiée, il semblait important de faire un coup de projecteur sur un des fleurons de notre fonds précieux ancien ayant trait à cette vénérable institution : le consulat.

Pour consulter le document numérisé : http://www.narbolibris.com/Doc895-37124


[1] Libertés communales : Avant la Révolution de 1789, le terme de liberté est synonyme de privilège (Libertés communales = privilèges commerciaux et fiscaux d’une ville par rapport aux seigneurs et au roi)

[2]  Il peut s’agir d’une erreur de transcription : Mourer au lieu de Mourel ? Un dénommé Mourel ayant le même blason a été consul en 1583.

[3] L’appellation de Salle des consuls est contemporaine. Elle date de la fin des années 1960, quand cette salle a été restaurée. Comme le Palais des archevêques est devenu hôtel de ville, cette dénomination en son sein indique la filiation entre les anciens consuls et nos actuels conseillers municipaux.

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