Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France : Languedoc (tome 2)

Cathédrale de NarbonneDessin et lithographie de H. Harris

Cathédrale de Narbonne – Dessin et lithographie de H. Harris

Comme L’Encyclopédie de Diderot et de d’Alembert pour le XVIIIe siècle, la publication des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France constitue la grande aventure éditoriale du XIXe siècle.

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Porte de Perpignan à Narbonne – Dessin de Dauzats, lithographie de Thierry Frères. Elle se trouvait à l’emplacement de la rue Arago et fut démolie en 1875.

Sa parution s’échelonne de 1820 à 1878. Peu à peu, l’ensemble des provinces françaises est traité.

Les quatre ouvrages consacrés au Languedoc voient le jour entre 1833 et 1840, le tome II paraissant en 1835. Le découpage du territoire national n’est pas fait par départements mais par provinces.

Les auteurs sont des nostalgiques de l’Ancien Régime ; ils ont été épouvantés par les destructions perpétrés par les révolutionnaires et veulent, par le biais des Voyages pittoresques,  établir un inventaire patrimonial de la France.

Vue d’une partie du déambulatoire de la cathédrale avec au premier plan le tombeau du cardinal Pierre de La Jugie et en fond la chapelle axiale. Comme sous l’Ancien Régime, les trois états de la société sont représentés : l’aristocratie (avec le personnage en bas à droite qui est certainement un touriste, le  prêtre qui passe devant le tombeau, les gens du peuple agenouillés dans le déambulatoire.

Vue d’une partie du déambulatoire de la cathédrale avec au premier plan le tombeau du cardinal Pierre de La Jugie et en fond la chapelle axiale. Comme sous l’Ancien Régime, les trois états de la société sont représentés : l’aristocratie (avec le personnage en bas à droite qui est certainement un touriste), le prêtre qui passe devant le tombeau, les gens du peuple agenouillés dans le déambulatoire.

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Narbonne : intérieur des remparts près la porte Narbonnaise
Dessin de Dauzats, lithographie de Thierry Frères
Cette gravure présente une vue cavalière des monuments emblématiques narbonnais et de la Robine. La légende est erronée, la porte narbonnaise étant en réalité à Carcassonne

Ce travail gigantesque s’inscrit dans une période où commence à germer l’idée de sauvegarde des monuments. En 1830, sous la Monarchie de Juillet, Ludovic Vitet est nommé inspecteur général des Monuments Historiques, remplacé en 1834 par l’écrivain Prosper Mérimée. En 1832, Victor Hugo écrit son célèbre pamphlet  Guerre aux démolisseurs. En 1840, la première liste d’édifices à protéger en tant que monuments historiques est établie.

Le Baron Taylor (1789-1879) en 1841par Pierre-Joseph Challamel Collection particulière

Le Baron Taylor (1789-1879) en 1841
par Pierre-Joseph Challamel
Collection particulière

Si on en croit les pages de titre, trois auteurs sont à l’origine des Voyages pittoresques : Isidore Taylor (1789-1879), Charles Nodier (1780-1844), Alphonse de Cailleux (1788-1876). En fait, toute l’œuvre repose sur Taylor, plus connu sous le nom du Baron Taylor. Celui-ci consacre sa vie à l’art et plus particulièrement à la défense du patrimoine français. Grand voyageur, il fait acquérir l’obélisque de Louxor qui est érigé en 1836 place de la Concorde à Paris. Il se met en rapport avec les sociétés savantes de province pour mener à bien la parution des 23 volumes grand format in-folio (ainsi qu’un index) des Voyages pittoresques. Pour Narbonne et ses environs (Fontfroide, Rieux, Lagrasse), il s’appuie sur Paul Tournal, secrétaire de la Commission archéologique. C’est d’ailleurs grâce à l’amitié qui lie Taylor, Mérimée et Tournal que le jeune Viollet-le-Duc est à Narbonne dès août 1839 avec comme projet l’achèvement du transept de la cathédrale Saint-Just.

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Vue de la Grasse (sic)
Dessin de Louis Villeneuve, lithographie de Thierry Frères
Le pont médiéval enjambant l’Orbieu avec au 2e plan l’abbaye

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Murailles de la Cité, vieille ville de Carcassonne (1835)
Dessin de Louis Villeneuve, lithographie de Thierry Frères
Cette lithographie représente la Cité avant les restaurations de Viollet-le-Duc. Contrairement à aujourd’hui, c’est la ville basse qui dans les guides est donnée en exemple. La forteresse est le repère des gens pauvres ; son aspect de ruine n’intéresse que la sensibilité romantique. Dans les années 1840, suite au cri d’alarme du carcassonnais Jean-Pierre Cros-Mayrevieille, des voix, dont les plus célèbres sont celles de Mérimée et de Viollet-le-Duc, s’élèvent pour sauver la Cité.

La cathédrale Saint-Just de Narbonne par Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879)En 1835, pour réaliser ce dessin de la cathédrale, le jeune architecte s’inspire de modèles antérieurs, en particulier de la gravure  de Jacques Bence. Il ne découvre Narbonne qu’au mois  d’août 1839.

La cathédrale Saint-Just de Narbonne
par Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879)
En 1835, pour réaliser ce dessin de la cathédrale, le jeune architecte s’inspire de modèles antérieurs, en particulier de la gravure de Jacques Bence. Il ne découvre Narbonne qu’au mois d’août 1839.

L’intérêt principal de ces volumes réside dans leur illustration ; de magnifiques lithographies dont les dessins ont été effectués par des artistes de grand talent (Adrien Dauzats, Justin Ouvrié…) et des lithographes réputés (Thierry Frères, Godefroy Engelmann…) représentent les édifices emblématiques des diverses régions françaises mais aussi un patrimoine moins connu (par exemple, une église de village  ou une petite chapelle campagnarde qui a enthousiasmé Mérimée lors de ses inspections provinciales). Les monuments sont souvent en ruines, agrémentés de scènes de genre (bergers de fantaisie, paysans habillés suivant les coutumes régionales…). En arrière-plan, les paysages sont parfois tourmentés (c’est le cas pour les Pyrénées). Comme leur nom l’indique, les Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France voient le jour en pleine période romantique et toutes les caractéristiques de ce mouvement artistique et littéraire se retrouvent dans la plupart des volumes.

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Maison des Trois Nourrices à Narbonne
Dessin de Justin Ouvrié, lithographie de Thierry Frères

Le procédé lithographique est inventé à l’extrême fin du XVIIIe siècle par l’Allemand Aloys Senefelder (1771-1834). Le dessin est effectué à l’aide d’un crayon gras sur une pierre calcaire qui est ensuite humidifiée. On dépose une encre très grasse qui se fixe sur le tracé préétabli alors qu’elle est repoussée partout ailleurs à cause de l’humidité. Une fois la feuille de papier placée sur le dessin, on met sous presse. La lithographie est concurrencée dès les années 1840 par la photographie.

Une vidéo-conférence sur les Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France est présentée à l’auditorium de la Médiathèque du Grand Narbonne le mercredi 23 janvier 2013 à 15h. L’entrée est libre.

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Vue générale du port de Collioure
Dessin et lithographie de George Barnard

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Environs du Castillet à Perpignan
Dessin de Victor Adam, lithographie d’Engelmann
Au premier plan, la rivière La Basse. En fond, le Castillet protégeant la porte Notre-Dame.
Ce genre de lithographie, à cause de son côté orientalisant, était perçu comme éminemment exotique.

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Ruines de l’abbaye
de Saint-Martin du Canigou
Dessin de William Day, lithographie de Louis Haghe
La solitude du lieu est accentuée par un paysage tourmenté et un ciel très chargé. L’abbaye sera restaurée à partir du début du XXe siècle
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