Coup de projecteur sur le manuscrit de l’antiquaire Pierre Garrigues

Le mot antiquaire désigne jusqu’au XIXe siècle l’amateur d’art antique, tout à la fois érudit et collectionneur. Ce terme s’applique fort bien aux savants narbonnais qui, depuis le XVIe siècle, se sont passionnés pour les « débris » des anciens monuments romains, qu’ils soient dispersés dans la ville ou regroupés dans les fortifications.

Bas-relief des collections lapidaires narbonnaises dessiné par Pierre Garrigues : « La frise des aigles »

 Le nombre de manuscrits ayant trait aux pierres romaines de Narbonne démontre la fascination que le patrimoine lapidaire de la ville a exercée sur le monde savant. Des copies des originaux narbonnais ont circulé dans toute l’Europe et se sont retrouvées, tout ou en partie, dans de nombreuses bibliothèques : Nîmes, Avignon, Arles, Toulouse, Paris, Leyde.

Bas-relief des collections lapidaires narbonnaises dessiné par Pierre Garrigues : « L’autel à la Paix Auguste »

La collection des recueils qui sont aujourd’hui à Narbonne est exceptionnelle, à la fois par le contenu, l’histoire bibliographique et la continuité : depuis le XVIe siècle, sans relâche, les inscriptions lapidaires ont été recopiées, regroupées dans des manuscrits avec plus ou moins de bonheur suivant le talent de leur auteur et le soin apporté à la transcription.

Armorial des Consuls de Narbonne : l’année 1604 avec en haut à droite le blason de Pierre Garrigues (Médiathèque du Grand Narbonne Ms 307)

Pierre Garrigues, né dans la deuxième moitié du XVIe siècle, est un des grands antiquaires de Narbonne. Ingénieur du roi, il restaure les fortifications de la ville et construit la porte Connétable en 1606 qu’il décore d’une profusion de frises et bas-reliefs romains. C’est un notable, consul en 1604, directeur de l’hôpital Saint-Paul en 1643. Confronté dans son travail aux centaines d’inscriptions et sculptures incluses dans les remparts, il rédige plusieurs recueils dont celui que possède la Médiathèque du Grand Narbonne sous la cote Ms 25.

La porte Connétable (ou de Perpignan) construite en 1606 par Pierre Garrigues. Elle fut démolie en 1875.

Ce manuscrit comprend 106 feuillets renfermant 290 inscriptions et 72 dessins. La calligraphie et la reproduction des bas-reliefs sont remarquables. Les annotations qui parsèment le manuscrit tout au long des feuillets sont aussi d’un grand intérêt. Suivant les pierres représentées, l’auteur décrit, explique, localise. Les documents lapidaires de Narbonne étant aujourd’hui regroupés dans les musées ou ayant disparu, ces indications sont de la plus haute importance pour connaître leur histoire et leur itinéraire.

L’histoire bibliographique du manuscrit est originale, voire rocambolesque. A l’origine, l’actuel Ms 25 était composé très vraisemblablement de feuillets volants, mais il est possible qu’entre temps ils aient été reliés. Dans le courant du XVIIIe siècle, le manuscrit appartient à  un certain Antoine Roux qui passe pour le véritable auteur du document. Plus tard, les antiquaires qui l’étudient n’ont pas conscience qu’il ait été écrit par Garrigues. C’est le cas de l’abbé Bousquet (1732-1809) qui annote de nombreux feuillets.

Les boîtiers du Manuscrit avant et après restauration

En 1804, Gillabert, érudit narbonnais, en est le propriétaire. Par la suite, le manuscrit quitte Narbonne ; on perd sa trace jusqu’en 1823 où il réapparaît inclus dans les Recherches historiques sur les antiquités de la France par ordre alphabétique de départemens. Tome 10me , Aude (Narbonne) – Aveyron, Rheims, 1823. Il fait alors partie de la bibliothèque du Collège héraldique de France. Cet ouvrage est un véritable montage, le manuscrit étant perdu au milieu de textes n’ayant aucun rapport avec lui. Les différentes parties ont été reliées et mises dans un étui cartonné ; le malheureux manuscrit a été plié, rogné, afin d’être conforme au nouveau format. Un des membres de la Commission archéologique, Alcide Cartault (1800-1870) a acheté l’ensemble sans en soupçonner l’étrange cheminement et en a fait  don à la Bibliothèque de la ville. En 1870, Paul Lafont, arrière-petit-fils de l’antiquaire Guillaume Lafont (1661-1742),  identifie le véritable auteur du manuscrit et en reconstitue l’histoire.

Depuis 1998, le manuscrit de Pierre Garrigues a retrouvé ce qu’on croit être son aspect initial. En effet, à la suite d’une restauration, les feuillets ont été détachés des parties annexes et dépliés et sont présentés désormais dans un classeur.

Pour consulter le document numérisé http://www.narbolibris.com/Doc760

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